Un Gin Fizz ? Pourquoi pas…
Lors d'une enquête pour le magazine Bateaux dont le sujet était la conception et la construction d'un bateau de voyage, Michel Joubert m'avait répondu : "Tu veux un bateau pour voyager. Plutôt que t’embêter à en construire un, achète un Gin Fizz, met-le à ton goût et prend le large. Ça te coûtera moins cher et tu partira plus vite." Quelle sage parole… Aussi, quand Pierre-Jean Jannin, Président de l'association Passe Coque, me propose un Gin Fizz pour la réalisation du double projet que nous avons avec ma femme Frédérique : navigations dans les pays du nord, Ecosse, Norvège et Islande et séjours thérapeutiques à bord, j'hésite un petit peu. Le bateau est marin mais, pour emmener du monde, il est un peu "petit". Le temps passe. Pierre-Jean n'a pas d'autres opportunités.
Et puis, je me souviens de mes premiers bords sur un voilier de croisière en 1978 sur le pont d'un Gin Fizz. Me reviennent les images de ce qui alors était le haut de gamme du chantier Jeanneau : le cockpit central, la cabine arrière,, qui m'était réservée, la grande table à carte qui me laissait rêver à de lointaines navigations en scrutant les cartes présentes à bord. Je découvris la puissance de la tension sur les écoutes, l'inertie du grand voilier à la barre, l'aisance de la large carène dans les vagues… Bien loin de la nervosité et de la précarité de mon petit dériveur à bord duquel je régatais.
Surtout, c'est à bord de ce Gin Fizz que je me suis retrouvé pour la première fois seul à la barre au large dans la nuit noire avec trente nœuds de vent en travers… Une révélation que j'ai décrit dans mon livre "401 jours sans voir la mer" (Editions Zéraq) : "Plus rien d'autres n'existait que ce bateau amusant, ces vagues déroutantes, ce vent enivrant, la nuit profonde et fascinante, et moi, comme acteur complémentaire et unifié. Ici, là, maintenant, dans ce décor qui en rebuterait plus d'un, j'étais vivant. Je me sentais exister, appartenir au monde, élément indispensable autant qu'éphémère. J'étais vivant et je compris que la vie, source de nouvelles exaltations profondes, c'était ici et maintenant, sur un voilier."
A la deuxième proposition de Pierre-Jean, je décide d'aller voir Nomaddict qui restait à l'écart de toute navigation sur le parking du chantier IDB Marine à Concarneau. Coque bleue, gréement de sloop, quelques marques d'incidents passés, un intérieur qui donne l'impression d'avoir été abandonné subitement… Le bateau a besoin d'un bon gros coup de mieux à tous les niveaux. Il va y avoir du boulot pour honorer ce fier navire de presque 50 ans. Les idées fusent. Le moral gonflé. Yapluka !
Ce blog va relater la réfection de ce bateau, son histoire puis les navigations qu'il va entreprendre dès le printemps prochain.
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